En bref
- La méthode officielle de calcul du coût environnemental des produits alimentaires est stabilisée depuis le 13 mai 2026. Elle couvre l’ensemble des produits alimentaires, vin compris.
- L’affichage reste volontaire à ce jour. La pression vient des acheteurs, et de la directive ECGT applicable le 27 septembre 2026, qui restreint ce qu’une entreprise peut affirmer sans preuve.
- Le score agrège seize indicateurs européens. Le carbone en est un.
- Quatre compléments de biodiversité viennent en déduction du score et peuvent peser jusqu’à 30 % du résultat.
- Les valeurs par défaut ne distinguent à ce stade que le conventionnel et le biologique. La certification de vos adhérents n’y apparaît pas encore. Leurs données, oui.
Le 3 juin 2026, Public Sénat consacrait quarante minutes à la crise viticole, sous un titre sans détour : « Vins : la filière française a la gueule de bois ». Sur le plateau, le sénateur Henri Cabanel, viticulteur de l’Hérault, ramenait le débat à deux enjeux, l’adaptation au changement climatique et la déconsommation. À ses côtés, Fanny Barthélémy, consultante RSE, autrice de 22 actions pour un vignoble durable et qui collabore avec nos équipes. Les téléspectateurs, eux, posaient d’autres questions : les traitements, l’eau, la qualité.
Un sujet n’a pas été évoqué. La France dispose désormais d’un score public qui décrira l’impact environnemental des produits alimentaires, vin inclus. Il existe, il est stabilisé, et il ne mesure pas ce que la filière mesure depuis quinze ans. Pour un groupe coopératif ou une interprofession, la question se pose à une échelle particulière : le score se calcule par référence, la donnée se collecte chez des centaines d’adhérents.
Voir le débat « Vins : la filière française a la gueule de bois », Sens Public, Public Sénat, 3 juin 2026.
Le vin entre-t-il dans le dispositif du coût environnemental ?
Oui. La page méthode de l’ADEME l’écrit sans réserve : en France, le dispositif d’affichage environnemental couvre l’ensemble des produits alimentaires. Le vin en est un, et aucune exclusion des boissons alcoolisées n’y figure.
Le socle technique existe déjà. La base Agribalyse database., sur laquelle Ecobalyse s’appuie pour l’alimentaire, contient des données pour le vin. Et un référentiel PEF « vin » figure parmi les référentiels alimentaires européens existants, auquel l’IFV a contribué.
Le vin est donc dans le champ de la méthode, sans être sous obligation d’affichage : à ce jour, apposer le coût environnemental sur un produit relève de l’initiative de l’entreprise. Ce qui bouge est ailleurs.
Des enseignes ont commencé à afficher le score en rayon au printemps 2026. Et le 27 septembre 2026 marque l’entrée en application de la directive (UE) 2024/825, dite ECGT, qui vise trois familles d’allégations : les mentions environnementales générales non étayées, les labels de durabilité sans certification par un tiers accrédité, et la neutralité carbone obtenue par compensation. Ce texte ne désigne aucune méthode de calcul et ne fixe aucun format de preuve. Le régime harmonisé de justification devait venir d’une seconde directive, dite Green Claims, dont la Commission a annoncé le retrait en juin 2025 et qui reste en sommeil. Ce qui est opposable à une entreprise, ce sont les dispositions nationales de transposition, adossées au régime des pratiques commerciales trompeuses, qui permet à l’administration de réclamer les éléments justifiant une affirmation.
Pour une structure qui vend en grande distribution, en export ou auprès d’un monopole d’État, la demande arrivera de toute façon de l’acheteur avant d’arriver du législateur.
Une distinction s’impose ici. Le cadre réglementaire couvre le vin. Le paramétrage de l’outil public, lui, se construit catégorie par catégorie, et les valeurs propres à la filière viticole ne sont pas publiées à ce jour. Le premier niveau dit que le score viendra, le second dira avec quoi il sera calculé. Les données qui alimenteraient ce second niveau se trouvent dans les caves et dans les interprofessions. Une structure qui commence à les rassembler maintenant sera prête le jour où le paramétrage sortira, et pourra répondre entre-temps à un acheteur qui n’attendra pas.
Que regarde le score dans une bouteille de vin ?
La méthode découpe le cycle de vie en cinq étapes : les ingrédients, la transformation, les emballages, la distribution, la consommation. Elle mobilise les seize indicateurs de l’empreinte environnementale européenne, le Product Environmental Footprint, regroupés autour de quatre enjeux : le climat, la biodiversité, la santé environnementale et les ressources. Le climat n’est donc qu’un enjeu sur quatre, et les gaz à effet de serre un indicateur parmi seize. Une structure qui construit des bilans carbone depuis dix ans a préparé une partie de la réponse seulement.
Deux postes méritent l’attention pour un vin. L’emballage d’abord : le verre pèse lourd dans l’empreinte d’une bouteille, ce que les travaux de l’IFV documentent en plaçant l’allègement et le verre recyclé en tête des leviers de réduction.
L’écotoxicité ensuite, qui relève de la santé environnementale et intègre les produits appliqués à la vigne. Sur le plateau de Public Sénat, Fanny Barthélémy rappelait l’ordre de grandeur : la viticulture occupe environ 3 % de la surface agricole utile française et représente, selon les sources, entre 15 et 20 % de l’utilisation des produits phytosanitaires. Le ministère de l’Agriculture donne un repère convergent avec l’indicateur de fréquence des traitements. Elle rappelait aussi que les premiers exposés sont les professionnels eux-mêmes.
Ministère de l’Agriculture, moyennes pluriannuelles
Le sujet ne se limite pas au conventionnel. Le cuivre et le soufre, utilisés en agriculture biologique, font partie des points que la recherche en analyse de cycle de vie appliquée à la viticulture identifie comme à mieux prendre en compte.
Concrètement, le score d’un vin se joue sur le verre, sur les traitements, sur le carburant des travaux à la parcelle et sur le paysage autour des rangs. Le carbone n’en couvre qu’une fraction.
Quatre compléments qui comptent double pour la vigne
Les seize indicateurs européens n’accordent aucune valeur à certaines externalités positives des pratiques agricoles. Pour les rendre visibles, la méthode française ajoute quatre compléments dits de services écosystémiques :
- les haies, considérées comme zones refuges et réservoirs de biodiversité ;
- les prairies permanentes, source de biodiversité floristique ;
- la taille des parcelles, les parcelles plus petites augmentant les zones tampons et la diversité du paysage ;
- la diversité territoriale, calculée par l’indice de Simpson, qui distingue les mosaïques paysagères des ensembles homogènes.
Ces compléments viennent en déduction du score d’impact. Ce sont des déductions, en aucun cas un système de bonus et de malus. Or l’ADEME précise que les valeurs par défaut proposées pour chaque type de production distinguent, à ce stade, l’agriculture conventionnelle de l’agriculture biologique, d’autres labels pouvant être intégrés ultérieurement.
Mettons ce point en regard d’un chiffre du ministère de l’Agriculture. Au 1ᵉʳ juin 2025, la France comptait 39 738 exploitations certifiées Haute Valeur Environnementale. Et le référentiel HVE porte exactement sur les quatre thématiques qui pèsent dans le score : la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la fertilisation et la gestion de l’eau.
Ce qui se lit, en revanche, ce sont les données : le linéaire de haies, l’enherbement, la taille réelle des parcelles, la diversité de l’assolement autour du vignoble. Ce sont exactement les éléments qu’un adhérent produit pour son audit de certification.
Ce point change d’échelle pour une structure collective. Le score se calcule par référence, la donnée se collecte à la parcelle, et il faut savoir quels apports composent quelle cuvée. Un groupe coopératif qui vinifie la récolte de plusieurs centaines de viticulteurs détient déjà cette matière, dispersée entre dossiers de certification, déclarations de récolte et cahiers de préconisation, sans qu’elle ait jamais été adressée à ce calcul. L’effort, difficile à financer pour un opérateur seul, devient soutenable dès lors qu’il est mutualisé.
Pourquoi la question se pose-t-elle maintenant ?
Parce que la filière redimensionne son outil de production au moment même où le score se met en place. FranceAgriMer a clos le 11 mars 2026 l’appel à manifestation d’intérêt pour l’aide nationale à l’arrachage définitif, dont 83 % des surfaces en vins rouges et 65 % en appellation, avec des travaux à achever au 31 décembre 2026. Dans le même mouvement, la mission d’information du Sénat sur l’avenir de la filière viticole publiait en octobre 2025 vingt-trois recommandations, dont la principale appelle à un pacte de confiance entre l’amont et l’aval.
Pour une cave, l’effet est double. Les positions commerciales se renégocient au moment précis où un score public commence à décrire les produits. Et la composition des apports change à mesure que des adhérents cessent leur activité, ce qui déplace le profil d’impact des cuvées sans qu’aucune décision ait été prise.
Le débat du 3 juin donne l’autre moitié du signal. Quand les téléspectateurs ont disposé d’un canal ouvert, ils ont interrogé les traitements, la qualité et l’origine, jamais le carbone. Fanny Barthélémy observait la même chose depuis ses masterclasses : les questions du grand public sur les produits appliqués à la vigne reviennent de plus en plus souvent. Un score officiel multicritère est aujourd’hui le seul cadre commun permettant d’y répondre autrement que par une déclaration.
Une remarque de méthode pour finir. Le premier score attribué à un vin le sera avec les données disponibles. Si ce sont des moyennes, c’est une moyenne qui décrira la cave.
Par où commencer ?
Commencez par voir votre score générique. Les opérateurs restent libres de choisir leur outil de calcul, public ou privé, dès lors qu’il respecte la méthodologie officielle. WinePilot calcule ce score gratuitement sur l’ensemble de vos références. Vous constatez alors par vous-même où la moyenne décrit correctement vos vins, et où elle passe à côté des pratiques de vos apporteurs.
La suite consiste à documenter, sur vos données réelles, les postes qui font bouger le résultat : l’emballage, l’itinéraire à la parcelle, les infrastructures agroécologiques, l’énergie du chai. La collecte se conçoit une fois pour plusieurs usages, du bilan carbone collectif au dossier de certification et à la réponse à un acheteur. Lorsque ces scores servent dans une relation commerciale, les données et les calculs peuvent être vérifiés par un tiers indépendant comme Bureau Veritas, ce qui sécurise les échanges avec une centrale, un importateur ou un monopole d’État.
Le mot juste ici est documenter. Une note adossée à vos propres données se défend devant un acheteur et devant un auditeur.
Téléchargez notre livre blanc sur le coût environnemental alimentaire, ou réservez un échange de 30 minutes avec nos équipes.
Questions fréquentes
L’affichage du coût environnemental est-il obligatoire pour le vin ?
Non, pas à ce jour. La méthode officielle est stabilisée depuis le 13 mai 2026 et couvre l’ensemble des produits alimentaires, vin compris, mais l’apposition du score sur un produit relève de l’initiative de l’entreprise. La contrainte la plus proche porte sur ce que vous affirmez par ailleurs. La directive ECGT, applicable le 27 septembre 2026, interdit les mentions environnementales générales non étayées, les labels de durabilité auto-évalués et la neutralité carbone par compensation. Elle n’impose aucune méthode de calcul.
Notre bilan carbone sert-il au calcul du coût environnemental ?
En partie. Les données d’activité collectées pour un bilan carbone alimentent l’indicateur changement climatique, qui est l’un des seize indicateurs du score. Elles ne couvrent ni l’écotoxicité, ni l’usage de l’eau, ni les compléments de biodiversité. Une collecte carbone bien menée constitue une base solide sur laquelle s’appuyer, sans suffire à constituer le dossier.
La certification HVE de nos adhérents fait-elle baisser le score de nos cuvées ?
Pas directement à ce stade. L’ADEME indique que les valeurs par défaut distinguent aujourd’hui l’agriculture conventionnelle de l’agriculture biologique, d’autres labels pouvant être intégrés ultérieurement. En revanche, les données produites pour l’audit de certification, sur les haies, l’enherbement ou le parcellaire, peuvent être mobilisées dans le calcul des compléments, à condition de savoir relier chaque apport aux références concernées.
Les compléments de biodiversité peuvent-ils pénaliser un vignoble ?
Non. Les compléments de services écosystémiques fonctionnent uniquement comme des déductions du score d’impact, à hauteur de 30 % au maximum. Un domaine qui ne documente rien ne subit pas de pénalité : il ne bénéficie simplement d’aucune déduction.
Faut-il un score par cuvée ou par adhérent ?
Par référence commercialisée, puisque c’est le produit qui porte le score. La collecte, elle, se fait à la parcelle et chez l’apporteur. Tout l’enjeu d’une structure collective consiste à tenir le lien entre les deux, en rattachant les apports aux assemblages sur une campagne donnée.
Que faire des données déjà transmises à notre interprofession ?
Les réutiliser. Une même campagne de collecte peut servir le bilan carbone collectif, le dossier de certification, la réponse à un acheteur et le calcul du coût environnemental. Le travail consiste à structurer la collecte une fois pour plusieurs usages plutôt qu’à la refaire pour chacun.
Sources
Sources classées par niveau d’autorité.
Sources officielles
- Méthode et données, secteur alimentaire, ADEME
- Outil de calcul, secteur alimentaire, ADEME
- Comment lire le score environnemental sur les produits alimentaires, ADEME, août 2026
- Base de données Agribalyse, ADEME et INRAE
- Ecobalyse, ADEME et ministère de la Transition écologique
- Product Environmental Footprint, Commission européenne
- Les chiffres clés de la Haute Valeur Environnementale, ministère de l’Agriculture, au 1ᵉʳ juin 2025
- L’utilisation des pesticides en France, ministère de l’Agriculture
- Aide nationale à l’arrachage définitif de vignes 2026, FranceAgriMer
- La viticulture, une filière d’avenir : l’urgence de l’union, rapport n° 96, Sénat, octobre 2025
- Directive (UE) 2024/825, applicable le 27 septembre 2026
- Proposition de directive « Green claims » 2023/0085 (COD), en sommeil depuis juin 2025

